Dans notre parcours d’écrivaste, le mindset (état d’esprit) est quelque chose de très important pour écrire dans de bonnes conditions et arrêter de se mettre des bâtons dans les roues. Tu le remarqueras peut-être, mais la seule personne à te provoquer des blocages d’écriture, c’est souvent toi et tes pensées limitantes. (Ce n’est pas du tout un reproche, je suis la première à penser des choses qui sont fausses et qui m’empêchent d’écrire).

Plus on avance dans notre écriture, plus ces pensées peuvent être paralysantes, et encore plus aujourd’hui quand on peut se comparer à des centaines d’autres auteurices en quelques clics sur les réseaux sociaux.

Bref, l’état d’esprit est quelque chose de primordial pour écrire et ce n’est pas en te tuant à la tâche que tu écriras mieux et plus, mais en travaillant ton mindset. C’est quand on travaille sur ces pensées qu’on arrive à faire bouger les choses.

Alors aujourd’hui on va commencer par les 5 pensées que je vois le plus souvent et qui t’empêchent clairement d’écrire.

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Pensée #1 : Ça a déjà été fait  

Combien de fois, alors que tu venais d’avoir une idée de roman, t’u t’es dit ça ? Ça a déjà été fait. Personnellement : tout le temps, à chaque nouvelle idée. Et ce n’est pas totalement faux quand on y pense ! Tout a déjà été écrit : toutes les romances, toutes les créatures fantastiques, toutes les enquêtes criminelles. Tout a déjà été écrit. C’est un principe connu en littérature sous le nom « d’intertextualité ».

C’est quoi l’intertextualité ? C’est le processus par lequel tout texte peut se lire comme l’intégration et la transformation d’un ou plusieurs autres textes.

Michel Butor, poète et romancier dit même que « toute invention littéraire aujourd’hui se produit à l’intérieur d’un milieu déjà saturé de littérature. Tout roman, poème, tout écrit nouveau est une intervention dans ce paysage antérieur. » Son collège Philippe Sollers, aussi écrivain complète en expliquant que « tout texte se situe à la jonction de plusieurs textes dont il est à la fois la relecture, l’accentuation, la condensation, le déplacement et la profondeur ».

Pour t’expliquer tout ça avec des termes un peu moins littéraires : chaque histoire de notre monde s’inspire de toutes les histoires déjà écrites. Par exemple, on peut se dire que toutes les romances peuvent s’inspirer consciemment ou non de Roméo et Juliette, mais Roméo et Juliette s’était déjà inspiré d’autres textes. Tous les récits de voyages peuvent (encore une fois consciemment ou non) s’inspirer de l’Odyssée d’Homère.

Donc oui : tout a déjà été écrit, c’est vrai. Tout a déjà été écrit par quelqu’un d’autre. L’important, c’est que TU ne l’ai jamais écrit. Tu as ton style d’écriture, ta sensibilité quant à un sujet et donc même si tu écris sur un sujet existant, tu auras ton histoire, ta manière de faire. Un récit unique.

Un exemple très parlant : tous les textes qui peuvent découler d’un appel à textes, d’un concours d’écriture sur le même sujet ! Il y aura beau avoir 100 participations, tu ne trouveras jamais 100 textes identiques. C’est ce que je remarque avec l’Atelier des Nouvelles sur Discord : chaque quinzaine, un nouveau sujet est lancé, et nous avons toujours des textes différents, des visions d’artistes différentes même pour un sujet comme « l’espace » par exemple alors qu’on pourrait penser que toutes les histoires sur l’espace ont déjà été écrites !

La page n’est jamais blanche, elle est pleine de toutes les histoires qui existent déjà. Fais confiance en tes idées pour apporter au monde littéraire ta vision, ta sensibilité, ton histoire.

Pensée #2 : Ça ne va intéresser personne

Ne mens pas, tu t’es déjà dit ça au moins une fois : mon roman ne va intéresser personne. Alors tu arrêtes d’écrire, parce que c’est vrai au fond : à quoi bon ?

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En réalité, cette pensée est presque correcte, mais le mot que je vais changer va tout changer : ça ne va pas intéresser tout le monde. Et c’est vrai : même toi en tant que lecteurice, tu n’aimes pas tous les romans du monde, tous les genres qui existent. Alors pourquoi ce serait pareil pour ton roman ?

D’ailleurs il y a une citation que j’aime beaucoup à ce sujet : vouloir plaire à tout le monde, c’est ne plaire à personne. Ce qui est certain, c’est que ton livre trouvera son public une fois qu’il sera temps pour lui d’être lu. Il ne plaira pas à tout le monde, mais il plaira à son public.

C’était la première chose que j’avais à te dire concernant cette pensée. Maintenant, la seconde : à quel moment de ton écriture est-ce que tu te dis ça ? Au moment de l’idée ? Au moment de la rédaction du premier jet ? De la sortie du livre ?

Si cette pensée survient au deux premiers moments que je viens de citer, je vais te poser une question simple : pourquoi écris-tu cette histoire ?

Est-ce que c’est parce que tu as besoin de la raconter ? Ou bien est-ce que tu l’écris pour les autres ?

Je pense sincèrement que le premier jet doit être un moment privilégié entre toi et ton récit. Les lecteurs et lectrices n’ont pas à intervenir. Ils interviennent après.

Le simple fait de penser à tes potentiel.le.s futur.e.s lecteurices va te bloquer dans ton écriture car c’est une pression immense que tu mets sur tes doigts. À partir du moment où tu vas penser à tes lecteurices, chaque mot va devenir une source de questionnements et de doutes : « est-ce que c’est bien ? est-ce que ça va plaire » ? Alors que la fonction du premier jet est simplement d’être écrite pour ensuite être retravaillée. Tu pourras faire revenir tes lecteurs au moment de la réécriture.

Pensée #3 : Je ne retransmets pas assez bien mes idées

Devant ton écran d’ordinateur, tu t’es déjà retrouvé.e à fixer ton texte, idées en tête sans savoir comment retranscrire tout ça à l’écrit ? En te disant que tout ce que tu pourras écrire ne sera pas aussi bien que ton idée ? Ça m’est arrivé un nombre incalculable de fois et au lieu de changer cet état d’esprit, j’abandonnais juste mon chapitre et le remettais toujours à plus tard jusqu’à ce que l’illumination divine arrive.

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Déjà, je vais te dire quelque chose que j’ai moi-même lu sur le compte Instagram de TheBBoost et qui peut tout à fait s’appliquer à l’écriture : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de faire : ça n’existe pas. On écrit et ensuite on se demande si ça fonctionne.

Par exemple, pour retranscrire une idée aussi forte que le deuil dans tes écrits, il n’y a pas une bonne manière de le faire pour deux raisons Parce que tu as ta sensibilité, ta vision devant cette idée en particulier et d’autres personnes n’auront pas la même ;

1 – Parce que tu as ta sensibilité, ta vision devant cette idée en particulier et d’autres personnes n’auront pas la même.

2 – Justement parce que d’autres personnes n’auront pas la même que toi : tu pourras pour tel.le lecteurice retranscrire le deuil à merveille et pour d’autre, ne rien lui faire ressentir du tout.

L’important en fait, c’est que tu l’écrives. Et si sur le moment tu ne trouves pas LA formulation, tu peux simplement écrire l’idée toute basique : il est en deuil. Tu pourras affiner, modifier, ajouter plus tard.

Si tu as vraiment peur de ne pas avoir bien retranscris l’idée APRÈS ton premier jet, tu peux faire appel à des bêtas-lecteurices pour t’aider à mettre le doigt sur ce qui va, ce qui ne va pas, ce qu’il faudrait changer. Mais avant, écris ce que tu as à écrire dans la mesure du possible : ton premier jet n’est pas fixe et tu pourras changer tout ce que tu veux plus tard.

Pensée #4 : Mon premier jet doit être parfait

A propos de ce premier jet : on pense souvent à tort qu’on peut écrire un premier jet parfait, qu’il doit l’être en fait et on se bloque à la moindre phrase qui coince. On cherche la plus belle formulation, le mot le plus exact, la virgule près. Ce n’est peut-être pas ton cas, mais si ça l’est, c’est le moment de changer d’état d’esprit !

Imagine un sculpteur : pour fabriquer sa statue, il a d’abord besoin du bloc de pierre (l’idée). À partir de ce bloc de pierre, il va commencer à créer les formes grossières (le premier jet) pour ENSUITE affiner et retravailler jusqu’à arriver aux traits de sa sculpture.

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Je continue ma métaphore, mais j’ai fait du modelage pendant plusieurs années. Pour modeler un sujet, je devais d’abord travailler la terre pendant un moment, ensuite former mon sujet (un lapin par exemple). Une fois que c’était fait, je devais couper le sujet en deux, le vider entièrement, le recoller puis lisser le tout et faire les finitions.

En bref :  on ne peut pas créer quelque chose de parfait du premier coup. Écrire un roman, ça prend du temps, choisir ses mots, c’est compliqué. Alors pourquoi est-ce que tu ne profiterais pas du premier jet pour prendre du plaisir à écrire ?

En prenant conscience que ton premier jet n’a pas à être parfait, tu te mettras bien moins de pression sur les épaules pour trouver LE mot, LA virgule parfaite pour ce passage. Tu écriras tout simplement.

Je ne sais pas à quel âge tu as commencé à écrire, personnellement j’ai commencé vers 8 ans et je me souviens qu’à ce moment-là, j’écrivais. Juste : j’écrivais. Je ne me souciais pas du tout des mots que je venais d’écrire, je pensais à ceux qu’il me restait à poser. Certes il y avait des erreurs, des lacunes, des choses très bancales, mais j’écrivais. C’est cet état d’esprit qu’on devrait avoir en écrivant notre premier jet. La prise de tête, elle vient après !

Pensée #5 : Je n’ai pas le temps d’écrire

Et là je vais t’arrêter tout de suite : tu n’auras JAMAIS le temps d’écrire si tu ne prends pas ce temps. On a toujours quelque chose qui passera avant l’écriture : sortir le chien, faire à manger, finir ses devoirs, aller faire réviser la voiture. C’est un fait, si on attend d’avoir le temps d’écrire, on n’écrira jamais.

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Alors évidemment, parfois l’écriture ne peut pas être placée en priorité quand on a des obligations personnelles ou professionnelles. Mais parfois, il faut savoir être égoïste et prendre un rendez-vous avec son texte. Comme tu prendrais un rendez-vous avec ton dentiste. Sur ton agenda, prends rendez-vous avec ton roman : une fois par semaine, par jour, par mois, peu importe, mais fixe-toi des moments dédiés à l’écriture.

Ça ne veut pas dire que tu seras obligé.e de produire quelque chose, mais le simple fait d’avoir passé un temps à penser à ton roman, ce sera déjà une grande avancée.

Un petit exercice avant la semaine prochaine ? Prends 3 rendez-vous avec ton roman. Tu te fixes 3 heures dans la semaine (qui peuvent être réparties en trois fois une heure, 6 fois une demi-heure, etc.) juste pour l’écriture. Et pendant ces 3 heures, tu ne dois t’occuper QUE de ton roman.

Je te récapitule donc les 5 pensées qui t’empêchent d’écrire et ce par quoi il faut les remplacer :

1 – Ça a déjà été fait : oui, tout a déjà été fait et ça n’empêche personne de continuer à créer. Ça ne doit pas être une raison pour ne pas apporter ta vision, ta pierre à l’édifice.

2 – Ça ne va intéresser personne. C’est faux, ce qui est vrai en revanche, c’est que ça n’intéressera pas tout le monde ! Tu trouveras le public qui est destiné à ton texte. Vouloir plaire à tout le monde, c’est ne plaire à personne.

3 – Je ne retransmets pas assez bien mes idées : chaque personne interprète les choses différemment, et tu auras beau « faire bien », personne ne ressentira la chose de la même manière. Pour être sûr.e en revanche que tu as pris la bonne direction, tu peux au moment de la réécriture (et pas avant !) faire appel à des bêta-lecteurices !

4 – Mon premier jet doit être parfait. Il ne peut pas l’être. Ce n’est pas pour rien qu’il existe plusieurs étapes avant la parution d’un roman, notamment la réécriture. Parce qu’un roman prend du temps et qu’on ne peut pas pondre un livre publiable dès la premier écriture. Surtout si c’est le premier roman que tu écris. C’est bien plus facile de réécrire un premier jet « nul » qu’une page blanche, non ?

5 – Je n’ai pas le temps d’écrire : c’est vrai. Tu ne l’auras jamais si tu ne le prends pas. Sois égoïste et prends rendez-vous avec ton roman au même titre qu’un rendez-vous chez ton médecin.